Paul Hoffmann, alias Oxymore


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portrait










Miro









Une gageure : peindre un portrait en aveugle; les yeux bandés. Je l'ai tenté, au risque de m'y perdre. Pour le plaisir de s'y laisser prendre... Des mots puisés très loin dans les profondeurs... accrochés au fil, aussi fin soit-il, qui nous relie au plaisir…J’ai bien conscience que les correspondances entre l’Homme artiste et la Femme modèle sont parfois un peu appuyées; mais qu’importe: ce poème, c’est elle, c’est moi, c’est l’essentiel…




Portrait de femme


Sur un cadre rigide, la toile tendue
Dévoile sa blancheur originelle, sans fard.
Exposée aux coups cruels du peintre, sans égard
Pour son teint naturel, elle s’offre un moment, nue.

Le fusain, de ses traits secs, dresse son croquis;
Du néant ne jaillit encore qu’une émotion,
Pale expression d’un cœur ivre de sensations,
Et ce dessin, noir, blanc, qui pose un air conquis.

Ce visage brillant au reflet si sage
Scintille déjà dans un contraste troublant
Quand, de mille petites touches, son amant
Recouvre l’image d’un savant maquillage…

Sur la palette colorée de ses envies,
Le pinceau étale les pâtes de couleur;
En bleu, rouge et jaune, il façonne l’épaisseur
Des formes qui se fondent, animées de vies.

La silhouette féline prête à bondir
Hors du tableau de ses mouvements immobiles
Pare son corps élancé de nuances subtiles;
Sous un voile léger, le meilleur et le pire.

La finesse de l’esquisse révèle l’ardeur;
Dans ses yeux verts pétille l’étincelle folle,
Exquise, qui embrase son regard d’idole :
Elle fixe l’artiste prêt à tout pour son bonheur.

En boucles ondoyantes, ses cheveux soyeux
Caressent mollement la douceur de son cou
Où, ombres et lumières se perdent, et surtout
Où s’attarde l’odeur d’un parfum capiteux.

Un sourire fier dessine sur sa lèvre
L’air sévère d’une destinée souveraine
Et, sans un geste, elle dicte sa loi hautaine
Au poète qui ne craint aucune fièvre.

En son sein, il dispose de menus trésors,
Comme une offrande donnée à la volupté;
Fidèle adorateur, il vénère sa beauté,
Heureux de se soumettre à des plaisirs retors.

D’un geste leste et précis, sans fausse pudeur,
Il couche sur sa gorge gonflée, des pensées
Sombres et arrogantes, aux pointes dressées
Vers la convoitise et l’ivresse des grandeurs…

Sur son ventre poli, les vagues du désir
Ont gommé les traces de sa renaissance;
La maternité s’oublie dans la jouissance;
Son souffle fragile exhume un profond soupir…

Autour de sa taille, objet de soins minutieux,
Le couteau cisèle chaque courbe au repli
Assassin, là où se perdent, en moindre délit,
Les ondes bruyantes envoyés par les cieux.

Tout à sa tache, affairé à cette chair
Virtuelle, à la source de son inspiration,
Le peintre voit le trou noir de ses tentations
S’ouvrir sur un monde où il peut se complaire.




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